Entretien avec Eden Hataley de l’Université de Toronto sur l’opération Sweep the Creek

Eden Hataley est étudiante en doctorat à l’Université de Toronto, où elle étudie la politique et la gestion des déchets plastiques. Elle dirige actuellement une initiative appelée Operation Sweep the Creek, un projet de la Trash Team de l’Université de Toronto. La Trash Team de l’Université de Toronto est un groupe de sensibilisation communautaire à vocation scientifique qui s’efforce d’améliorer la connaissance des déchets au sein de la communauté tout en réduisant les déchets plastiques dans l’environnement.

Qu’est-ce que l’opération « Sweep the Creek », et quels sont les motivations et les objectifs de cette initiative ?
Operation Sweep the Creek est une initiative de collaboration pluriannuelle conçue pour résoudre le problème des pertes accidentelles de granulés de résine dans les installations de fabrication, de distribution et de recyclage de plastique. L’initiative a été lancée en réponse à la contamination locale des granules de résine sur le front de mer de Toronto et au désir des gouvernements et de l’industrie de prévenir les pertes accidentelles. Notre équipe de collaborateurs espère que l’opération « Sweep the Creek » aidera l’industrie du plastique à atteindre l’objectif de zéro perte de granulés de résine et, en fin de compte, à contribuer à un environnement plus sain.

Vous mentionnez des collaborateurs. Qui participe à Operation Sweep the Creek, et quel rôle joue chaque partenaire ?
L’opération « Sweep the Creek » est menée en collaboration avec la division des plastiques de l’Association canadienne de l’industrie de la chimie (ACIC), le ministère ontarien de l’Environnement, de la Conservation et des Parcs (MECP) et Enviropod International. Comme je l’ai mentionné, l’initiative est dirigée par la Trash Team de l’Université de Toronto, mais la Division des plastiques de l’ACIC, le MECP de l’Ontario et Enviropod International jouent tous un rôle de soutien essentiel. Par exemple, grâce à son réseau de membres, la Division des plastiques du CIAC met nos chercheurs en contact avec des entreprises désireuses de participer à l’initiative. D’autre part, le MECP de l’Ontario soutient nos efforts de recherche sur le terrain, et Enviropod International est le fabricant d’un système de confinement sur place des granules de résine appelé Enviropod LittaTrap, avec lequel nous avons travaillé au cours de la phase 2 de l’initiative et avec lequel nous continuerons de travailler au cours de la phase 3.

L’Ontario est une région ciblée par l’initiative. Pourquoi l’Ontario ?
La Trash Team de l’Université de Toronto a été fondée en collaboration avec le laboratoire Rochman, qui fait partie du département d’écologie et de biologie évolutive de l’Université de Toronto, dans le centre-ville de Toronto, en Ontario. C’est donc en Ontario que nous sommes situés. Mais c’est aussi un bon endroit pour mener des recherches sur les pertes accidentelles de granulés de résine. L’industrie canadienne du plastique est concentrée en Ontario et, par conséquent, les recherches ont permis de documenter la présence de granules de résine dans les affluents et sur les rivages de la région des Grands Lacs.

Pouvez-vous nous donner un bref historique de l’opération « Sweep the Creek » ?
L’opération Sweep the Creek est une initiative pluriannuelle qui entre maintenant dans sa troisième phase. L’initiative a débuté à l’été 2019 avec la phase 1, qui s’est achevée en 2020 avec cette publication. La phase 2 a débuté au début de 2020 et a également duré environ un an, pour se terminer en 2021 avec cette publication. La phase 3 démarre cet été et s’achèvera à l’automne 2023.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur chaque phase ? Comment l’initiative a-t-elle progressé, et y a-t-il des résultats intéressants que vous aimeriez partager ?
Au cours de la phase 1 de l’opération « Sweep the Creek », notre équipe a recherché des boulettes de résine dans le ruisseau Mimico, un cours d’eau qui traverse certaines parties de Brampton, Mississauga et Toronto et se jette dans le lac Ontario. Nous avons trouvé des boulettes de résine dans le ruisseau, avec une augmentation du nombre de boulettes pendant les orages. Nous avons ainsi appris que les boulettes de résine sont plus susceptibles d’être emportées par le vent et de se retrouver dans le réseau d’égouts pluviaux lors d’orages, où elles peuvent être directement déversées dans le cours d’eau local.

Forte de ces informations, dans la phase 2 de l’opération Sweep the Creek, notre équipe a travaillé avec un fabricant d’emballages en plastique d’Etobicoke pour installer cinq LittaTraps Enviropod sur sa propriété. Comme je l’ai mentionné, le LittaTrap Enviropod est un système de confinement des granulés de résine. Il s’agit d’un panier à mailles peu coûteux et nécessitant peu d’entretien, conçu pour être placé à l’intérieur des drains d’eaux pluviales et capturer les granules de résine transportés par les précipitations, les empêchant ainsi de pénétrer dans le système d’eaux pluviales. Ces cinq LittaTraps Enviropod ont réussi à capturer près de 35 000 boulettes de résine en 289 jours. Ces résultats montrent que les inserts pour les drains d’eaux pluviales, comme le LittaTrap d’Enviropod, sont une solution efficace et pratique pour prévenir la perte de boulettes de résine à la source.

Quel est le plan pour la troisième phase de l’opération « Sweep the Creek » ? Pourquoi cette phase est-elle importante, et qu’espérez-vous atteindre ?
Maintenant que nous savons que le LittaTrap d’Enviropod est une solution efficace et pratique pour prévenir la perte de boulettes de résine à l’échelle de l’installation, notre prochaine étape consiste à tester son impact à une plus grande échelle, celle du bassin versant. C’est ce que nous faisons dans la phase 3 de l’opération « Sweep the Creek ». À la fin de cet été, nous installerons plusieurs LittaTraps Enviropod dans plusieurs entreprises liées au plastique situées en amont du bassin versant de la rivière Humber. Au cours de l’année prochaine, nous compterons le nombre de boulettes de résine que nous capturerons sur place, mais nous rechercherons également les boulettes de résine en aval dans la rivière Humber, avant et après l’installation des systèmes de confinement des boulettes de résine. Notre objectif est de déterminer si nous pouvons mesurer une diminution du nombre de boulettes de résine dans la rivière Humber après l’installation par rapport à avant l’installation. En fin de compte, la phase 3 a le potentiel de montrer que les dispositifs de confinement des eaux pluviales fonctionnent pour réduire les pertes accidentelles de boulettes de résine provenant de différents types d’entreprises de la chaîne d’approvisionnement en plastique et que leur impact se fait sentir en aval dans le bassin versant. Ces deux éléments d’information sont nécessaires pour aller de l’avant avec ce type de solution à une échelle encore plus grande, par exemple dans toute la province.

Comment nos membres peuvent-ils s’impliquer s’ils sont intéressés ? En quoi cela leur serait-il profitable ?
Si une entreprise est intéressée à devenir un partenaire d’installation d’Operation Sweep the Creek, elle peut m’envoyer un courriel directement à edenhataley@mail.utoronto.ca pour savoir si elle est admissible. Les partenaires des installations auront des LittaTraps Enviropod installés sur leur propriété à la fin de l’été. Nous paierons ces pièges et faciliterons leur installation, et une fois la phase 3 terminée, chaque entreprise pourra conserver et continuer à utiliser ses LittaTraps Enviropod sans frais. En fin de compte, participer à l’opération Sweep the Creek est une occasion pour les membres du CIAC de faire preuve d’une bonne gestion de l’environnement et d’accroître la durabilité de leurs activités tout en aidant notre province et leur industrie à atteindre l’objectif de zéro perte de granules de résine.